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HARENG SAUR ( conte en 3 actes)

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HARENG SAUR ( conte en 3 actes)

Message  REGIS le Ven 12 Fév - 12:01

HARENG SAUR -acte premier- LA VIE-:

A l’orée de la forêt nichée parmi les frondaisons une petite maisonnette abrite un pauvre bûcheron vivant là misérablement avec sa femme et ses nombreux enfants.
Une vie de labeur et de sueur passée à couper et empiler du bois pour gagner avec difficulté la maigre pitance de toute la famille
Aujourd’hui Dimanche c’est jour de fête, alors pour le repas un extra est prévu
On sort le hareng saur……………
Les harengs sont stockés et salés dans un petit tonnelet posé sur le sol de terre battue de la cuisine. Ils en reste seulement deux posés au fond du petit tonneau blanchi et fissuré par le sel
Le bûcheron choisit parmi ces deux harengs celui qui fera les délices du repas d’aujourd’hui
Délicatement il le saisit par la queue l’élève au dessus de sa tête dans la lumière du jour et contemple l’œil éteint et la peau dorée par le sel du poisson acheté à la belle saison avec les pièces épargnées pendant l’été.
Il appelle sa plus jeune fille, âgée de 6 ans à peine et lui dit:
« viens ma fille , prends ce hareng et va le laver au ruisseau pour le désaler avant que nous le dégustions pour notre repas du dimanche »
La fillette avec d’infinies précautions s’en saisit à son tour et court vers la berge du petit ruisseau rincer le joli poisson
Quelques minutes après la voilà de retour, fière exhibant dans ses main le plat du jour
Prêt pour la consommation.
Chacun s’installe autour de la table dans un silence respectueux pour le repas
Le bûcheron sort alors une ficelle et attache par la queue le hareng au clou planté dans une poutre du plafond
Le hareng ainsi suspendu se balance au beau milieu de la table à portée de main des convives .
la maman coupe une tranche de pain de seigle noir pour chacun
Tous, Les yeux tournés vers le poisson suspendu admirent l’irisation des écailles dorées par le sel de conservation et ravivées par le bain dans l’eau fraîche et pure du ruisseau.
Dans sa robe dorée le hareng se balance et scintille des reflets mordorés devant les yeux des convives fascinés.
Le rituel est connu de tous ,immuable et invariable, comme chaque fois:
On attend que le poisson cesse son lent balancement pendulaire au bout de sa ficelle et sa totale immobilisation marque le début de la dégustation.
Alors , chacun tour à tour, rompt un morceau de son pain et touche le hareng savoureux aussi légèrement que possible pour donner goût et saveur à son pain noir.
Mais attention la discipline est stricte, et redoutable ,
La règle intransigeante: impose un gage à celui qui ,trop gourmand frotte trop fort son pain et provoque à nouveau l’oscillation du poisson :
il n’a pas le droit de caresser le hareng et passe son tour à la fois suivante……et ainsi de suite ……………
Ce jeu amuse beaucoup la famille et égaye le repas de fête
Mais, vous l’avez compris, le but du jeu n’est pas là;
Il s’agit bien en effet de ne pas consommer trop vite ce qui constitue la maigre pitance
Ainsi va la vie à l’orée de la forêt dans la petite maisonnée du bûcheron et de sa nombreuse et merveilleuse famille.


HARENG SAUR acte second -LA MORT-:

Nous voici quelques mois plus tard, de retour à l’orée de la forêt
On entend le chant des oiseaux , le vent qui frémit dans les arbres à nouveau parés de leurs feuilles. .c’est le printemps
la forêt est en fête, par ce beau dimanche du mois de Mai
Le soleil lance ses rayons sur la futaie et dessine l’ombre des branches
sur le sol de mystérieuses arabesques vibrent au gré du vent
Les alternances d’ombre et de lumière dansent dans les frondaisons bercées par le vent c’est comme un clignement d’yeux de la nature éveillée.
Sur le toit de la petite chaumière du bûcheron et de sa merveilleuse famille fume la cheminée
Aujourd’hui on a décidé de fêter le printemps à l’unisson avec la forêt et la nature……

ON SORT LE DERNIER HARENG SAUR…
Le tonnelet est maintenant complètement vide , mais espérons que, si tout va bien le seigneur du château offrira à son meilleur bûcheron un morceau du cochon qu‘il grille traditionnellement en cette saison , alors on pourra remplacer dans le saloir par quelques belles tranches de lard , les harengs disparus
Cela permettra d’ enrichir un peu les soupes trop claires lors des prochaines froidures de l’ hiver
La cheminée est toujours prête et les bûches de bois de hêtre rouge, ont été préparés et soigneusement empilées par le bûcheron et ses enfants et protégées de la pluie sous un lit de lourdes lauzes
Depuis qu‘il coupe des arbres le bûcheron connaît bien , les essences de bois et personne mieux que lui ne sait que le fayard rouge est de loin le meilleur bois pour fumer et conserver le lard……….
Mais avant de penser aux froids de l’hiver revenons à la douceur printanière qui inonde la forêt
Aujourd’hui c’est décidé on fera le traditionnel banquet de « hareng saur »
On fera un sort à ce bel « hareng saur »
Le bûcheron se saisit donc du dernier poisson le soulève délicatement par la queue et le regarde au dessus de sa tête dans la clarté du jour, admirant l’œil éteint et la peau dorée par le sel du poisson acheté à saison dernière
Il appelle sa plus jeune fille qui a grandi elle est maintenant , âgée de 6 ans et demi . IL lui dit:
«viens ma fille , prends ce dernier hareng et va le laver au ruisseau pour le désaler avant que nous le dégustions pour notre repas du dimanche»
La fillette avec d’infinies précaution s’en saisit à son tour et court parmi les herbes hautes vers la berge du petit ruisseau pour rincer le joli poisson .
Arrivée au bord de l‘eau elle écoute un instant le menu flot chantant sur les cailloux, elle ferme les yeux pour intérioriser son bonheur et trempe le hareng dans l’eau claire
Soudain elle ressent au creux de sa main un frétillement de vie…………..
le poisson s’agite et d’un coup énergique de queue s’échappe La fillette ouvrant des yeux éberlués le voit fuir et disparaître en frétillant dans le courant des flots qui chantent
Elle s’en retourne honteuse et en pleurs à la chaumière
elle raconte son aventure à ses parents et à ses frères et sœurs.
Dans ses pleurs on perçoit toute la culpabilité qui l’accable, elle se sent responsable d’avoir gâché la fête
Le bûcheron plus éploré par les larmes de sa fille que par la perte du poisson assied tendrement sa cadette sur ses genoux et lui dit:
«écoute ma fille, tu as rendu la vie et la liberté à un malheureux poisson qui croupissait au fond du tonneau ; il glisse et nage maintenant dans l’eau limpide
il ne voulait pas être pendu et surtout pas finir comme son pauvre frère,
Mangeons notre pain sec et noir sans accompagnement, nous en avons l’habitude et n’en faisons pas toute une histoire »
La fillette sèche ses pleurs tout en grignotant son quignon de pain de seigle heureuse d’avoir un papa au si grand coeur

Si d’aventure un jour vous allez vous promener dans cette forêt,
écoutez chanter la rivière qui serpente parmi les herbes sauvages,
observez la nage vagabonde des petits poissons frétillants et agiles
un peu plus loin parmi les ronces et les mûriers si vous vous aventurez
alors vous apercevrez la cheminée d’une petite chaumière abandonnée
,entrez dans les ruines de cette maisonnette à l’abandon
vous y verrez entre les murs noircis par la fumée :
-la grande table carrée de chêne brut intacte patinée par le temps.
-et au dessus de cette table ,pendue à un vieux clou rouillé,
une ficelle au bout de laquelle se balancent des arêtes de poisson


HARENG SAUR acte final -LE SOUVENIR-:

Nous voici à nouveau de retour, à l’orée de la forêt par une belle matinée de printemps, quelques année plus tard
on entend une fauvette jouer ses trilles à la cîme d’un hêtre
Dans la douceur du matin la brume se dissipe lentement et une lumière d’une infinie douceur scintille sur l’eau de la rivière et explose en un bouquet de perles d’argent .
Sur la rive , à demi caché par les hautes herbes sauvages, un pêcheur, coiffé d’un grand chapeau noir et chaussé de longues bottes vertes lance d’un geste ample son fil dans le courant de l’onde claire .
De nombreux poissons agiles et méfiants regardent l’appât d’un œil goguenard et filent comme des flèches d’argent dans les flots tourbillonnants
Le pêcheur rêve, bercé par le chant de la fauvette et le ruisselement des flots sur les cailloux
Soudain un reflet d’argent se met à l’arrêt dans le courant : un poisson regarde curieux et interloqué l’appât du pêcheur;
Pourquoi ce repas si tentant reste- t il immobile ainsi malgré la force du courant ?? étrange vraiment étrange se dit-il?
Le pêcheur voit son bouchon qui plonge au fond de l‘eau, le poisson a mordu , l‘hameçon lui brûle la bouche et s‘y plante violemment
Le pêcheur d‘un geste sec et précis hisse appât hameçon et poisson hors de l‘eau……..
Au bout du fil le poisson frétille et s’agite, frêle lame d’argent ondulant en une danse syncopée
Le pêcheur le saisit dans sa main ,décroche l’hameçon qui lui perce la bouche et regarde sa prise : un poisson merveilleux habillé d’une robe d’écailles dorées
de son œil vif et expressif le poisson regarde affolé le pêcheur qui admire sa robe scintillant de mille éclats dans le soleil du matin
Un vague souvenir revient à la mémoire du poisson il lui semble qu’il y a bien longtemps il fut tenu et soulevé dans la main d’un homme et exhibé dans la lumière du jour
Jamais le pêcheur n’a vu un si beau poisson ,ses nuances irisées varient de l’argent à l’ocre lançant dans le soleil des reflets mordorés qui le fascinent
les écailles du poisson semblent avoir été peintes et vernies par un génial artiste qui aurait travaillé ses couleurs avec une extrême légèreté comme des poussières d’or et d’argent déposées en touches successives par des volutes de fumée …….
…..étrange se dit le pêcheur ce poisson ressemble à un hareng saur….
Soudain ,comme une révélation l’image de son père qui était bûcheron et travaillait non loin de là dans cette forêt envahit son esprit.
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